Pendant les 5 années qui suivirent,
j'ai créé une société appelée NeXT et
une autre appelée Pixar, et je suis
tombé amoureux d'une femme
exceptionnelle qui est devenue mon
épouse.
Pixar, qui allait bientôt produire le
premier film d'animation en trois
dimensions, Toy Story , est aujourd'hui
la première entreprise mondiale
utilisant cette technique. Par un
remarquable concours de circonstances,
Apple a acheté NeXT, je suis retourné
chez Apple, et la technologie que nous
avions développée chez NeXT est
aujourd'hui la clé de la renaissance
d'Apple.
Et Laurene et moi avons fondé une
famille merveilleuse.
Tout cela ne serait pas arrivé si je
n'avais pas été viré d'Apple.
La potion fut horriblement amère, mais
je suppose que le patient en avait
besoin.
Parfois, la vie vous flanque un bon
coup sur la tête. Ne vous laissez pas
abattre. Je suis convaincu que c'est mon
amour pour ce que je faisais qui m'a
permis de continuer.
Il faut savoir découvrir ce que l'on
aime et qui l'on aime. Le travail occupe
une grande partie de l'existence, et la
seule manière d'être pleinement
satisfait est d'apprécier ce que l'on
fait.
Sinon, continuez à chercher. Ne
baissez pas les bras. C'est comme en
amour, vous saurez quand vous aurez
trouvé. Et toute relation réussie
s'améliore avec le temps. Alors,
continuez à chercher jusqu'à ce que vous
trouviez.
« POURQUOI LA MORT EST LA MEILLEURE CHOSE DE LA VIE»
Ma troisième histoire concerne la
mort. A l'âge de 17 ans, j'ai lu une
citation qui disait à peu près ceci :
« Si vous vivez chaque jour comme s'il
était le dernier, vous finirez un jour
par avoir raison. »
Elle m'est restée en mémoire et,
depuis, pendant les 33 années écoulées,
je me suis regardé dans la glace le
matin en me disant :
« Si aujourd'hui était le dernier jour
de ma vie, est-ce que j'aimerais faire
ce que je vais faire tout à l'heure ? »
Et si la réponse est non pendant
plusieurs jours à la file, je sais que
j'ai besoin de changement.
Avoir en tête que je peux mourir
bientôt est ce que j'ai découvert de
plus efficace pour m'aider à prendre des
décisions importantes. Parce que presque
tout - tout ce que l'on attend de
l'extérieur, nos vanités et nos fiertés,
nos peurs de l'échec - s'efface devant
la mort, ne laissant que l'essentiel.
Se souvenir que la mort viendra un
jour est la meilleure façon d'éviter le
piège qui consiste à croire que l'on a
quelque chose à perdre. On est déjà nu.
Il n'y a aucune raison de ne pas suivre
son coeur.
Il y a un an environ, on découvrait
que j'avais un cancer. A 7 heures du
matin, le scanner montrait que j'étais
atteint d'une tumeur au pancréas. Je ne
savais même pas ce qu'était le pancréas.
Les médecins m'annoncèrent que c'était
un cancer probablement incurable, et que
j'en avais au maximum pour six mois. Mon
docteur me conseilla de rentrer chez moi
et de mettre mes affaires en ordre, ce
qui signifie :
« Préparez-vous à mourir. »
Ce qui signifie dire à ses enfants en
quelques mois tout ce que vous pensiez
leur dire pendant les 10 prochaines
années. Ce qui signifie essayer de
faciliter les choses pour votre famille.
En bref, faire vos adieux.
J'ai vécu avec ce diagnostic pendant
toute la journée. Plus tard dans la
soirée, on m'a fait une biopsie,
introduit un endoscope dans le pancréas
en passant par l'estomac et l'intestin.
J'étais inconscient, mais ma femme, qui
était présente, m'a raconté qu'en
examinant le prélèvement au microscope,
les médecins se sont mis à pleurer, car
j'avais une forme très rare de cancer du
pancréas, guérissable par la chirurgie.
On m'a opéré et je vais bien.
Ce fut mon seul contact avec la mort,
et j'espère qu'il le restera pendant
encore quelques dizaines d'années.
Après cette expérience, je peux vous
le dire avec plus de certitude que
lorsque la mort n'était pour moi qu'un
concept purement intellectuel : personne
ne désire mourir.
Même ceux qui veulent aller au ciel
n'ont pas envie de mourir pour y
parvenir. Pourtant, la mort est un
destin que nous partageons tous.
Personne n'y a jamais échappé. Et c'est
bien ainsi, car la mort est probablement
ce que la vie a inventé de mieux.
C'est le facteur de changement de la
vie. Elle nous débarrasse de l'ancien
pour faire place au neuf. En ce moment,
vous représentez ce qui est neuf, mais
un jour vous deviendrez progressivement
l'ancien, et vous laisserez la place aux
autres. Désolé d'être aussi dramatique,
mais c'est la vérité.
Votre temps est limité, ne le gâchez
pas en menant une existence qui n'est
pas la vôtre.
Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui
obligent à vivre en obéissant à la
pensée d'autrui. Ne laissez pas le
brouhaha extérieur étouffer votre voix
intérieure.
Ayez le courage de suivre votre coeur
et votre intuition. L'un et l'autre
savent ce que vous voulez réellement
devenir. Le reste est secondaire.
Dans ma jeunesse, il existait une
extraordinaire publication The Whole
Earth Catalog, l'une des bibles de ma
génération.
Elle avait été fondée par un certain
Stewart Brand, non loin d'ici, à Menlo
Park, et il l'avait marquée de sa veine
poétique. C'était à la fin des années
1960, avant les ordinateurs et l'édition
électronique, et elle était réalisée
entièrement avec des machines à écrire,
des paires de ciseaux et des appareils
Polaroid.
C'était une sorte de Google en livre
de poche, 35 ans avant la création de
Google. Un ouvrage idéaliste, débordant
de recettes formidables et d'idées
épatantes.
Stewart et son équipe ont publié
plusieurs fascicules de The Whole Earth
Catalog . Quand ils eurent épuisé la
formule, ils sortirent un dernier
numéro.
C'était au milieu des années 1970, et
j'avais votre âge.
La quatrième de couverture montrait la
photo d'une route de campagne prise au
petit matin, le genre de route sur
laquelle vous pourriez faire de
l'auto-stop si vous avez l'esprit
d'aventure.
Dessous, on lisait :
« Soyez insatiables. Soyez fous. »
C'était leur message d'adieu. Soyez
insatiables. Soyez fous.
C'est le voeu que j'ai toujours formé
pour moi. Et aujourd'hui, au moment où
vous recevez votre diplôme qui marque le
début d'une nouvelle vie, c'est ce que
je vous souhaite.
Soyez insatiables. Soyez fous.
Merci à tous.»